Recevoir au comptoir le nombre exact de comprimés prescrits, plutôt qu’une boîte entière dont une partie finira dans un tiroir : c’est l’idée que le gouvernement veut pousser plus loin avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Son article 28 ouvre la voie à une délivrance des antibiotiques à l’unité rendue obligatoire. Les syndicats de pharmaciens d’officine s’y opposent nettement. Voici ce que contient le texte, ce qui reste à décider et ce que cela pourrait changer pour les patients.
Plan de l'article
Ce que prévoit l’article 28 du PLFSS 2027 #
Le texte, détaillé par Le Moniteur des pharmacies, donne d’abord une définition juridique du « médicament antibiotique ». Il permet ensuite d’encadrer plus strictement la prescription et la délivrance de certaines de ces spécialités lorsqu’il existe un risque de mésusage ou un enjeu de résistance bactérienne.
Concrètement, un arrêté des ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale pourrait obliger le pharmacien à délivrer le nombre exact d’unités correspondant au traitement, quitte à ouvrir le conditionnement d’origine. Le projet ne fixe pas encore la liste des antibiotiques concernés. Les règles de déconditionnement, d’étiquetage et de traçabilité restent elles aussi à préciser par voie réglementaire.
Le même article prévoit, après avis de la Haute Autorité de santé, la possibilité d’encadrer certaines prescriptions d’antibiotiques faites en téléconsultation. Il crée enfin un mécanisme de compensation financière pour des antibiotiques jugés importants pour la santé publique ou la sécurité d’approvisionnement, lorsque de faibles volumes de vente menacent leur maintien sur le marché.
Une pratique qui existe déjà, mais reste marginale #
La délivrance à l’unité n’est pas une nouveauté. Elle est possible depuis 2022 pour certains antibiotiques, dans le prolongement de la loi antigaspillage de 2020, et elle est rémunérée par un honoraire de 1 euro par délivrance, rappelle L’Essentiel de l’Éco. Mais elle reste rare : selon les données de la Cour des comptes citées par ce média, seuls 1,1 % des antibiotiques éligibles ont été délivrés de cette façon en 2024.
Ce faible usage s’explique en partie par le temps nécessaire : découper des plaquettes, reconditionner, étiqueter et assurer la traçabilité de chaque délivrance demande du personnel au comptoir. C’est précisément ce point que le passage à une obligation rend sensible pour les officines.
Pourquoi les pharmaciens disent non #
L’USPO dénonce une mesure « gadget »
Dans un communiqué du 16 octobre, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine dit s’opposer « avec fermeté » à la mesure et regrette de ne pas avoir été associée à sa préparation. Le syndicat rappelle qu’une mesure ayant un impact opérationnel sur les pharmacies doit faire l’objet « d’une évaluation approfondie et d’une concertation préalable ». Il s’appuie sur un rapport de la Cour des comptes qui, selon lui, conclut à « des effets limités sur les dépenses de santé et un coût considérable pour les officines ».
La FSPF y voit une « fausse bonne idée »
La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, par la voix de son président Fabrice Camaioni, parle d’une « véritable fausse bonne idée », selon L’Essentiel de l’Éco. La fédération estime que la bonne réponse se situe en amont, chez les industriels, avec des boîtes dont le contenu correspond aux durées de traitement réellement prescrites.
La question de la rémunération
Le Moniteur des pharmacies relève qu’aucun honoraire spécifique n’est prévu à ce stade dans le projet pour ce nouveau travail. Pour des officines déjà sous tension, entre ruptures de stock à gérer et nouvelles missions de vaccination, la charge supplémentaire est au cœur des inquiétudes.
Les pistes défendues par la profession #
Plutôt qu’une obligation générale, l’USPO propose trois axes : adapter le nombre d’unités par boîte aux recommandations en vigueur, en s’appuyant sur un travail déjà engagé avec l’Agence nationale de sécurité du médicament ; créer un groupe de travail réunissant prescripteurs et pharmaciens ; renforcer l’information du patient au moment de la délivrance pour améliorer l’observance sur toute la durée du traitement.
Cette dernière piste rejoint une préoccupation de santé publique : un antibiotique mal pris, arrêté trop tôt ou conservé pour une automédication ultérieure, contribue au développement des résistances bactériennes. Le débat porte donc moins sur l’objectif, partagé par tous, que sur le meilleur moyen de l’atteindre.
Où en est le texte #
Le débat parlementaire n’en est qu’au début. Selon L’Essentiel de l’Éco, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté le 15 octobre un amendement du député Guillaume Kasbarian qui étendrait la délivrance à l’unité à d’autres médicaments dont le conditionnement serait jugé inadapté, avant de rejeter l’ensemble du projet le lendemain. Le texte examiné en séance publique repart donc de la version initiale du gouvernement, et de nouveaux amendements pourront être déposés.
Même si l’article est adopté, rien ne changera du jour au lendemain : la liste des antibiotiques visés et les modalités pratiques dépendront d’arrêtés à paraître.
Ce que cela change pour vous, aujourd’hui #
Pour l’instant, rien n’est modifié au comptoir. Si votre pharmacie pratique déjà la délivrance à l’unité pour certains antibiotiques, elle peut continuer à vous la proposer. Dans tous les cas, le bon réflexe reste le même : suivre la durée et la posologie indiquées sur l’ordonnance, ne pas garder les comprimés restants pour une prochaine fois et rapporter les médicaments non utilisés à la pharmacie. En cas de doute sur votre traitement, votre pharmacien reste votre premier interlocuteur.
