Réglisse, menthe verte, « progestérone naturelle », tribulus, inositol : ces substances circulent comme des « anti-androgènes naturels » en cas d’acné hormonale, d’hirsutisme ou de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Nous avons repris chacune d’elles à sa source officielle : monographies de l’Agence européenne des médicaments, base de données publique des médicaments de l’ANSM, revue Cochrane, essais indexés dans PubMed et fiches de l’Assurance Maladie. Le résultat ne va pas dans le sens des promesses habituelles.
- Réglisse : une baisse de testostérone a bien été mesurée, mais sur neuf femmes et sans groupe placebo. L’EMA déconseille son usage en cas d’hypertension, de maladie rénale, hépatique ou cardiovasculaire, et chez la femme en âge de procréer sans contraception.
- Menthe verte : les taux de testostérone baissent, mais le score objectif de pilosité n’a pas été amélioré (p = 0,12).
- « Progestérone naturelle » : médicament de liste I, prescription obligatoire. Ce n’est pas un complément alimentaire.
- Tribulus terrestris : l’EMA a refusé d’établir une monographie en 2024, faute de données de sécurité et d’efficacité.
- D-chiro-inositol : aucune revue Cochrane ne le soutient dans cette indication.
Plan de l'article
Hyperandrogénie et SOPK : ce que dit le référentiel public #
Les androgènes, dont la testostérone et la dihydrotestostérone (DHT), sont présents chez la femme comme chez l’homme. Chez la femme, ils proviennent des ovaires et des glandes surrénales et interviennent notamment dans la pilosité, la peau, la libido et la santé osseuse. Un excès peut se traduire par une acné persistante, une pilosité excessive (hirsutisme) ou une chute de cheveux de type androgénétique.
La cause la plus fréquente est le syndrome des ovaires polykystiques. Selon l’Assurance Maladie, chez la femme adulte, le diagnostic « nécessite la présence d’au moins 2 des 3 critères suivants : une hyperandrogénie clinique (hirsutisme, acné, alopécie androgénique) ou biologique ; une ovulation rare ou absente ; une augmentation du volume des ovaires et leur aspect “polykystique” à l’échographie par voie vaginale ». La même source précise que « les symptômes cliniques et biologiques permettent à eux seuls de poser le diagnostic du SOPK » et que, chez l’adolescente, les critères échographiques ne peuvent pas être retenus.
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L’Assurance Maladie écrit : « Il n’existe pas de traitement pour guérir le SOPK. Le traitement est donc uniquement symptomatique. Il est adapté à chaque femme et il doit être suivi par la patiente jusqu’à la ménopause. » Une substance présentée comme « rééquilibrant les hormones naturellement » promet donc quelque chose qu’aucun traitement, naturel ou non, ne sait faire aujourd’hui.
Ce que le référentiel propose à la place est précis. En cas d’hirsutisme, « une pilule estroprogestative est recommandée en première intention ». En cas d’amélioration insuffisante, « la spironolactone peut être prescrite » — avec une contre-indication pendant la grossesse en raison de son effet anti-androgène. Un troisième recours associe l’acétate de cyprotérone à un œstrogène naturel. Enfin, en cas de surpoids, « une perte d’environ 10 % du poids initial est alors recommandée », ce qui « permet de réduire l’hyperandrogénie et ses symptômes ».
Les cinq substances, reprises une par une à leur source #
Preuves : très limitées · risques documentés
L’effet existe et il a été mesuré : dans une étude publiée dans Steroids en 2004, la testostérone totale de neuf femmes en bonne santé a baissé sous 3,5 g de réglisse par jour, et « elle est revenue aux valeurs antérieures au traitement » à l’arrêt. Neuf participantes, aucun bras placebo : c’est un résultat préliminaire, pas une démonstration.
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La monographie européenne de la racine de réglisse ne relève, elle, que d’un usage traditionnel, et pour deux indications seulement : le soulagement des symptômes digestifs, et l’usage en expectorant dans la toux associée au rhume. Aucune indication hormonale, ni pour l’hirsutisme, ni pour le SOPK.
L’EMA indique que le réglisse « n’est pas recommandé chez les patients atteints d’hypertension, de maladies rénales, de troubles hépatiques ou cardiovasculaires, ou d’hypokaliémie », ni en association avec des diurétiques, des glycosides cardiaques, des corticoïdes ou des laxatifs stimulants. Elle ajoute que son usage « n’est pas recommandé pendant la grossesse ni chez les femmes en âge de procréer n’utilisant pas de contraception » — une précision qui compte pour un lectorat concerné par le SOPK. Pour l’indication digestive, la durée est limitée à quatre semaines.
Enfin, un ordre de grandeur utile : le Comité scientifique de l’alimentation humaine de la Commission européenne a jugé prudent que « l’ingestion régulière ne dépasse pas 100 mg par jour » d’acide glycyrrhizique, toutes sources confondues. Les 3,5 g de préparation utilisés dans l’étude de 2004 en apportaient environ 266 mg par jour, soit près de trois fois cette limite.
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Preuves : limitées · résultat objectif négatif
C’est la substance la mieux étudiée du lot, et c’est aussi celle dont le résultat est le plus souvent mal rapporté. Dans un essai randomisé de 30 jours mené sur 42 volontaires atteintes de SOPK, publié dans Phytotherapy Research en 2010, la testostérone libre et totale a significativement baissé, et les patientes ont ressenti une amélioration de leur pilosité.
Mais l’auteur écrit aussi, dans la même conclusion : « il n’y a cependant eu aucune réduction significative des scores objectifs de Ferriman-Gallwey de l’hirsutisme entre les deux groupes » (p = 0,12). Autrement dit : les hormones bougent, le symptôme mesuré par un médecin ne bouge pas, sur un mois. L’auteur suppose que l’essai était trop court — c’est son hypothèse, pas un résultat.
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Ce n’est pas un complément : c’est un médicament
Le terme induit en erreur. En France, la progestérone est un médicament inscrit sur la liste I, c’est-à-dire soumis à prescription médicale obligatoire — c’est le cas d’Utrogestan comme de ses génériques, selon la base de données publique des médicaments de l’ANSM. Elle ne se range pas parmi les « actifs végétaux ».
L’idée qu’elle inhiberait la 5α-réductase vient d’un travail in vitro de 1991 : sur des prélèvements de peau, la progestérone inhibait l’enzyme à 10⁻⁴ mol/L, une concentration supraphysiologique. Les auteurs eux-mêmes n’en tirent aucune conclusion clinique. Rien n’autorise à en déduire une action sur l’acné ou la chute de cheveux.
On lit parfois que l’igname sauvage fournirait une progestérone « végétale ». C’est faux chez l’être humain : dans un essai en double aveugle contre placebo, après trois mois d’extrait d’igname sauvage, il n’y avait « aucun changement […] des taux de progestérone sérique ou salivaire ». La conversion de la diosgénine en progestérone est une réaction de laboratoire, pas une voie métabolique humaine.
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Effet inverse de celui recherché
C’est l’erreur la plus nette. Le tribulus n’est pas employé comme anti-androgène : il est utilisé, et vendu, pour stimuler l’activité androgénique masculine. Le rapport d’évaluation de l’EMA décrit les seules autorisations existantes en Europe comme portant sur l’impuissance, l’infertilité masculine et la baisse de libido, « avec des indications exclusivement pour les hommes », et rappelle sa réputation d’« alternative végétale aux stéroïdes anabolisants ».
En novembre 2024, le comité des médicaments à base de plantes de l’EMA a conclu qu’« une monographie européenne sur Tribulus terrestris L., herba ne peut pas être établie », faute de « données étayant un niveau acceptable de sécurité et une efficacité reconnue ». L’agence précise par ailleurs qu’« il n’est pas possible de conclure sur la sécurité clinique » de cette plante. En France, elle n’est pas autorisée comme ingrédient de complément alimentaire.
Preuves : absentes dans cette indication
La revue Cochrane qui existe porte sur le myo-inositol, pas sur le D-chiro-inositol, et elle ne traite pas de l’hyperandrogénie : ses critères de jugement sont la naissance vivante et la grossesse chez des femmes en parcours d’assistance médicale à la procréation. Sa conclusion est prudente : « à la lumière des preuves disponibles, de très faible qualité, nous ne savons pas si le myo-inositol améliore le taux de naissances vivantes ou de grossesses cliniques ». Le seul essai comparant myo-inositol et D-chiro-inositol n’a pas permis de méta-analyse.
Il reste plausible qu’agir sur la résistance à l’insuline influence indirectement la production d’androgènes — c’est d’ailleurs le raisonnement qui sous-tend la recommandation de perte de poids de l’Assurance Maladie. Mais « plausible » n’est pas « démontré », et ce n’est pas ce que dit une revue systématique.
Ce que nous n’avons pas pu établir #
Par honnêteté, voici les limites de ce point. Elles ne sont pas des réfutations : ce sont des questions restées ouvertes.
- Nous n’avons pas pu consulter directement le compendium des substances botaniques de l’EFSA, dont le serveur a refusé l’accès. Les éléments de toxicité du tribulus qui en proviennent sont cités ici de seconde main, via le rapport d’évaluation de l’EMA.
- Nous n’avons pas trouvé de position publiée de l’ANSES sur la glycyrrhizine. La limite de 100 mg par jour citée plus haut est celle du Comité scientifique de l’alimentation humaine de la Commission européenne, en 2003 — et ce comité précise qu’il n’a pas pu en dériver une dose journalière admissible.
- Les méta-analyses publiées après 2024 sur l’inositol n’ont pas été lues en détail ; nous ne leur faisons rien dire.
- Le mécanisme d’action du réglisse sur la testostérone reste une hypothèse des auteurs de l’étude de 2004 (blocage de la 17-hydroxystéroïde déshydrogénase et de la 17-20 lyase), non confirmée par ailleurs.
On associe parfois « progestatifs » et risque de méningiome. La distinction est importante et elle est documentée : l’étude nationale d’EPI-PHARE publiée dans le BMJ en 2024 a mis en évidence un sur-risque pour certains progestatifs de synthèse — acétate de cyprotérone, acétate de nomégestrol, acétate de chlormadinone notamment — mais elle conclut qu’il n’y a « pas d’excès de risque de méningiome intracrânien pour la progestérone », la dydrogestérone et les dispositifs intra-utérins au lévonorgestrel. Étendre l’alerte à la progestérone serait inexact.
Signes qui imposent un avis médical #
Une hyperandrogénie n’est pas un diagnostic que l’on pose soi-même, et plusieurs causes très différentes donnent les mêmes signes. Un avis médical s’impose notamment devant :
- une pilosité ou une acné qui apparaissent brutalement ou s’aggravent vite ;
- des cycles qui deviennent rares, irréguliers ou absents ;
- une chute de cheveux qui s’installe ;
- un projet de grossesse, une grossesse en cours ou un allaitement — plusieurs des substances évoquées ici sont alors déconseillées ;
- un traitement en cours, en particulier antihypertenseur, diurétique, corticoïde ou hormonal.
- Aucune des substances examinées ici n’a démontré qu’elle traite l’hyperandrogénie ou le SOPK.
- Le SOPK ne se guérit pas : la prise en charge vise les symptômes, et elle est médicale.
- La « progestérone naturelle » est un médicament de liste I ; l’igname sauvage n’en produit pas dans l’organisme.
- Le tribulus agit dans le sens opposé à celui recherché, et l’EMA a refusé de lui accorder une monographie.
- Le réglisse n’est pas anodin : l’EMA le déconseille en cas d’hypertension, de maladie rénale, hépatique ou cardiovasculaire, et sans contraception chez la femme en âge de procréer.
Questions fréquentes #
Existe-t-il un anti-androgène naturel efficace ?
Aucune des substances examinées ici n’a démontré une efficacité clinique dans les sources consultées. La menthe verte fait baisser la testostérone mesurée, sans amélioration objective de la pilosité sur un mois d’essai.
Le réglisse fait-il baisser la testostérone ?
Une étude de 2004 l’a observé chez neuf femmes, avec retour aux valeurs initiales à l’arrêt. C’est un signal, pas une preuve, et les doses employées dépassaient largement la limite d’ingestion régulière retenue au niveau européen.
La « progestérone naturelle » s’achète-t-elle librement ?
Non. En France, la progestérone est un médicament de liste I : sa délivrance suppose une ordonnance.
Le tribulus peut-il aider en cas de SOPK ?
Rien ne le laisse penser, et son usage traditionnel documenté va dans le sens inverse, chez l’homme. L’EMA a refusé d’établir une monographie en novembre 2024.
Que faire, concrètement, en cas d’hirsutisme ?
L’Assurance Maladie recommande une pilule estroprogestative en première intention, puis éventuellement la spironolactone. En cas de surpoids, une perte d’environ 10 % du poids initial est recommandée et réduit l’hyperandrogénie et ses symptômes.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un gynécologue, d’un endocrinologue, d’un dermatologue ou d’un pharmacien. Il ne recommande aucun produit, aucune marque et aucune dose. N’arrêtez ni ne modifiez jamais un traitement prescrit sans avis médical, en particulier en cas de grossesse, de projet de grossesse, d’allaitement, d’hypertension ou de traitement en cours.
Sources consultées — Assurance Maladie (ameli.fr), SOPK : symptômes, diagnostic, évolution, et traitement. Agence européenne des médicaments : monographie européenne Liquiritiae radix (révision 1, EMA/HMPC/108399/2024) ; déclaration publique et rapport d’évaluation Tribuli terrestris herba (EMA/HMPC/308436/2023). ANSM, base de données publique des médicaments (progestérone, liste I). Commission européenne, Comité scientifique de l’alimentation humaine, avis SCF/CS/ADD/EDUL/225 final, 10 avril 2003 (glycyrrhizine). Armanini D. et al., Steroids, 2004 (PMID 15579328). Grant P., Phytotherapy Research, 2010 (PMID 19585478). Cassidenti D.L. et al., Obstetrics & Gynecology, 1991 (PMID 1828548). Komesaroff P.A. et al., Climacteric, 2001 (PMID 11428178). Showell M.G. et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018 (PMID 30570133). Roland N. et al., BMJ, 2024 (PMID 38537944).




