Depuis le 25 octobre, E.Leclerc diffuse une nouvelle campagne publicitaire baptisée « Ça va passer ». Le film, signé par les agences BETC et BETC Fullsix, revient sur un vieux combat de l’enseigne : obtenir le droit de vendre des médicaments sans ordonnance dans ses parapharmacies. Le débat n’est pas neuf, mais il touche directement la façon dont chacun se soigne au quotidien. Voici ce que dit la campagne, ce que prévoit la loi aujourd’hui et ce que cela change, ou non, pour vous au comptoir.
Plan de l'article
Une campagne qui parle de renoncement aux soins #
Le spot enchaîne des scènes familières : un rhume qui traîne, une allergie qui tombe au mauvais moment, des courbatures que l’on préfère ignorer. À chaque fois, la même phrase revient, « ça va passer ». Au fil du film, son sens glisse. Elle ne traduit plus seulement une forme de patience, mais la décision de ne pas acheter de médicament faute de moyens.
Comme le détaille le média spécialisé J’ai un pote dans la com, la campagne est diffusée à la télévision, en vidéo en ligne, sur le digital et dans la presse. Elle s’appuie sur une étude Ifop réalisée pour Biogaran en avril 2023, selon laquelle 61 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à acheter un médicament non remboursé à cause de son prix.
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L’argument de l’enseigne est donc économique : en élargissant les points de vente, les prix baisseraient. C’est la même logique que celle défendue par la grande distribution depuis des années, avec un angle plus social cette fois.
Un combat que Leclerc mène depuis longtemps #
Ce n’est pas la première offensive. En 2024, une précédente publicité mettait en scène les conséquences d’un rhume au bureau. En 2025, l’enseigne pointait le paradoxe d’une parapharmacie autorisée à vendre des crèmes et des compléments alimentaires, mais pas du paracétamol.
La nouveauté de 2026 tient au ton. La campagne insiste moins sur l’interdiction elle-même que sur les personnes qui renoncent à se soigner. Elle cherche à faire de l’accès financier aux traitements le point de départ de la discussion, sans aborder la question du conseil.
Ce que dit la loi : le monopole officinal #
En France, les médicaments, qu’ils soient vendus sur ordonnance ou non, ne peuvent être délivrés qu’en pharmacie. C’est ce qu’on appelle le monopole pharmaceutique. Comme le rappelle Le Quotidien du Pharmacien, il est défini par l’article L. 4211-1 du Code de la santé publique et constitue une forme de contrat passé entre le pharmacien et l’État, dans l’intérêt de la santé publique.
Ce monopole réserve la vente de ces produits aux pharmaciens et aux personnes habilitées à les seconder, comme les préparateurs. La liste des produits concernés est fixée par la loi et elle est strictement limitative. Une parapharmacie de grande surface peut donc vendre des cosmétiques, des produits d’hygiène ou certains compléments alimentaires, mais pas un médicament, même très courant.
Une campagne publicitaire ne modifie pas la loi. Pour que Leclerc obtienne gain de cause, il faudrait que le Parlement change ce cadre, ce qui n’est pas d’actualité à ce jour.
Pourquoi les pharmaciens défendent ce cadre #
Les représentants de la profession rappellent régulièrement qu’un médicament n’est pas un produit comme un autre. Même sans ordonnance, il peut provoquer des effets indésirables, interagir avec un traitement en cours ou masquer un symptôme qui mériterait une consultation.
Le passage au comptoir permet au pharmacien de poser quelques questions simples : depuis quand dure le symptôme, quels autres traitements prenez-vous, êtes-vous enceinte, avez-vous une maladie chronique ? C’est ce rôle de conseil que la profession met en avant face aux arguments de prix.
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Le cas des médicaments courants
Les produits visés par ce débat sont souvent ceux que l’on croit sans danger : antalgiques, antihistaminiques, sirops contre la toux. Ce sont pourtant ceux pour lesquels l’automédication est la plus fréquente, et donc ceux où un mauvais usage passe le plus facilement inaperçu, par exemple en cumulant sans le savoir deux spécialités qui contiennent la même molécule.
Ce que cela change pour vous aujourd’hui #
Concrètement, rien ne change pour l’instant. Vos médicaments sans ordonnance restent disponibles uniquement en pharmacie, en officine physique ou sur le site internet d’une pharmacie autorisée.
Si le prix d’un traitement non remboursé vous freine, plusieurs réflexes restent utiles. Demander au pharmacien s’il existe un générique ou une alternative moins chère est le premier. Les prix des médicaments non remboursés sont libres, ils peuvent donc varier d’une officine à l’autre. Enfin, si un symptôme dure, mieux vaut consulter un médecin plutôt que de renoncer : certains traitements prescrits sont pris en charge par l’Assurance maladie, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on les achète de sa propre initiative.
Un débat qui devrait revenir
La question du prix des médicaments sans ordonnance ne va pas disparaître. À chaque campagne, la grande distribution relance la discussion, et les pharmaciens répondent sur le terrain de la sécurité. Le film « Ça va passer » a au moins un mérite : il met des visages sur un renoncement réel. Reste à savoir si la réponse passe par de nouveaux points de vente ou par un meilleur accompagnement en officine.



